"Je situerais l’extinction de la contre-culture au tout début des années 1990, avec la fin de la culture rave. Alors qu’on s’attendait à voir émerger un nouveau mouvement, on a eu la britpop, une pseudo-contre-culture pré-empaquetée, imposée d’en haut par des agendas commerciaux (exception faite de l’honorable Pulp de Jarvis Cocker). C’était en grande partie une resucée de la contre-culture des années 1960 et 1970, mais sans le sous-texte politique anti-establishment encombrant qui a toujours fait partie de l’ADN des contre-cultures les plus fécondes. C’est là que notre plongeon dans la nostalgie a vraiment commencé, avec nos listes de lecture radio débordant de riffs réchauffés des Beatles, des Kinks ou de David Bowie. (...)
Je ne sais pas trop pourquoi la contre-culture a soudainement cessé d’exister. Est-ce que la culture s’est pétrifiée à l’idée d’un nouveau millénaire que personne ne se sentait psychologiquement, émotionnellement ou intellectuellement préparé à affronter ? L’arrivée d’Internet à la fin des années 1990, qui est essentiellement un gigantesque « recâblage » non planifié du système nerveux social de l’humanité, a indéniablement joué un rôle. Notamment parce que pour rassembler la contre-culture a besoin de quelque chose de matériel – une coiffure, un livre de poche, un single en vinyle, un fanzine imprimé à bas prix, une affiche en sérigraphie, un béret cavalier [emblème des Black Panthers, ndlr]. Mais finalement, peu importe la cause de sa disparition, depuis, il est devenu criant que la contre-culture est un organe vital de la culture, la partie critique par laquelle la culture traditionnelle se renouvelle. Si elle est expurgée, alors notre culture n’a pas de moyen de progresser."